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Autres énergies

L’intérêt pour les biocarburants a commencé à se développer en France au début des années 1990. A cette époque, la prise de conscience de la responsabilité des activités humaines sur le réchauffement climatique, le désir de réduire la dépendance vis-à-vis des importations de pétrole et la possibilité de valoriser par des cultures énergétiques les jachères imposées par la Politique Agricole Commune de l’Union Européenne semblaient se conjuguer pour en faire une solution à de nombreux maux.

Ils semblaient également offrir une opportunité de diversification pour les exploitations agricoles et un complément de revenus pour les agriculteurs. Mais une analyse détaillée de l’impact des biocarburants sur ces questions et quelques autres montre que les choses ne sont pas si simples.

- Bio-carburants et effet de serre

Plusieurs études ont tenté de quantifier la réduction des émissions de gaz à effet de serre induite par l’utilisation des biocarburants. Le nombre de paramètres à prendre en compte sur la totalité du cycle de vie du produit (espèce, lieu de production, usage plus ou moins intensif d’intrants...) est complexe et il est difficile d’évaluer de manière certaine l’impact des biocarburants. Une étude réalisée en 2002 pour le compte de l’ADEME   et qui a longtemps été la seule référence publiée indiquait que l’éthanol produit en France à partir de blé et de betterave rejetterait 2,5 fois moins de CO2 que l’essence et que ce facteur serait de 3,3 pour le biodiesel par rapport au Diesel. Ce facteur serait au moins de 7 pour les HVP issues du tournesol. Mais une autre étude réalisée en 2006 par le RAC (Réseau Action Climat) et l’association EDEN (Energie Durable en Normandie) invalide les résultats de l’étude de l’ADEME de 2002 en remettant notamment en cause l’intérêt des biocarburants vis-à-vis du changement climatique.

- Bio-carburants et pollution atmosphérique

La pollution liée à l’usage des biocarburants dans les transports est moindre que pour les carburants fossiles car ils ne contiennent pas de plomb et peu ou pas de soufre. Leur forte teneur en oxygène améliore la combustion des carburants lorsqu’ils sont utilisés en mélange avec des carburants fossiles. Il en résulte une réduction des émissions de particules, de monoxyde de carbone et de polluants. Mais cette teneur en oxygène favorise la formation d’oxydes d’azote et d’aldéhydes, responsables des smogs. Malgré un intérêt pour la diminution des émissions de gaz à effet de serre en sortie de moteur, la prise en compte de l’impact de la globalité de la filière de production des biocarburants montre qu’ils sont responsables d’une pollution plus élevée.

- Bio-carburants, biodiversité et usage des sols

Aujourd’hui, les cultures énergétiques industrielles utilisent les surfaces en jachère. Mais la disparition de ces surfaces au profit de cultures énergétiques a un impact très négatif sur l’équilibre écologique des plaines céréalières. En effet, les jachères représentent souvent les derniers refuges pour la faune dans ces milieux de monoculture. La jachère participe également à diminuer la pression phytosanitaire exercée sur les aquifères. D’autre part, les surfaces en jachère ne seront pas suffisantes pour répondre aux objectifs de développement de la filière fixés par le gouvernement. Cette pénurie de surface va entrainer une compétition d’usage avec les surfaces destinées à la production alimentaire. C’est ce qui est déjà observé dans certains pays producteurs de biocarburants comme le Mexique. En effet, la compétition entre les productions de maïs alimentaire et de maïs énergétique destiné au marché des Etats-Unis, où le bio-éthanol connaît un engouement sans précédent, a créé une situation de pénurie et entraîné une envolée des prix de l’aliment de base de la population conduisant à des émeutes. Cette situation incite également certains pays comme la Malaisie à précipiter des catastrophes écologiques en accélérant la déforestation pour rendre disponibles des surfaces supplémentaires destinées aux palmiers à huile. Dans ce contexte, l’importation de matières végétales ou de biocarburants ne peut en aucun cas être considérée comme une solution pertinente et acceptable.

- Bio-carburants et « développement durable »

Outre une moindre pression sur l’environnement, l’objectif premier de l’utilisation des biocarburants doit rester l’autonomie énergétique en tant que l’un des piliers du développement durable. La plupart des grandes filières industrielles ne permettent pas d’aller dans ce sens, quand elles ne conduisent pas à renforcer les phénomènes les plus antinomiques avec les fondements même du développement durable. A ce jour, le bilan écologique global n’est pas favorable aux biocarburants tels qu’on les connaît aujourd’hui, sauf peut-être pour l’HVP à condition qu’elle soit produite et consommée au niveau local. La viabilité écologique et économique de cette filière courte a été largement démontrée en milieu rural. En milieu urbain, si l’accès à des sources d’HVP « neuve » n’est pas évident, il existe une source importante d’huiles de cuisson usagées qui peuvent, au lieu de constituer un effluent encombrant et de perturber le fonctionnement des stations d’épuration, être valorisée intelligemment.

- Bio-carburants et politiques publiques

Malgré un bilan négatif, ce sont essentiellement les filières industrielles (bio-éthanol et bio-diesel) qui se sont développées en France, grâce notamment à une exonération totale de la TIPP (Taxe Intérieure sur les Produits Pétroliers), alors que les rares projets de développement HVP, connaissaient des tracasseries et des entraves permanentes. Il est vrai que jusqu’à une époque récente les éléments permettant de juger objectivement des dangers du développement des biocarburants manquaient cruellement, masqués par un discours officiel mettant en avant uniquement leurs « bienfaits ». Mais les tensions géopolitiques et économiques de plus en plus fortes autour du pétrole ont entraîné un développement extrêmement rapide et incontrôlé des biocarburants dits « de première génération ». Cette situation a fait émerger de nouveaux débats et de nouvelles controverses à tel point que tout le monde reconnaît désormais au moins qu’ils ne constituent pas une solution à la hauteur des enjeux.